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Enquête interne

PPL n° 3106 : l'enquête interne pourrait devenir une obligation légale en cas de violences sexuelles et sexistes

Le parcours inQuiro en quatre étapes (signalement, analyse, traitement, enquête) face aux obligations de l'employeur prévues par la PPL n° 3106 sur les violences sexuelles et sexistes

Le parcours inQuiro : signalement, analyse, traitement, enquête.

Adoptée en première lecture par l'Assemblée nationale le 13 octobre 2026, la proposition de loi n° 3106 « apportant une réponse intégrale au phénomène des violences sexuelles et sexistes contre les femmes et les enfants » pourrait faire de l'enquête interne une obligation pour l'employeur, dès qu'un salarié signale des faits d'agression sexuelle, de harcèlement sexuel ou d'agissements sexistes dans le cadre professionnel.

Il faut être précis sur ce que l'on sait. Le texte n'est pas définitivement voté. Le Sénat doit encore l'examiner, et il pourrait y apporter des changements majeurs : en l'état, on ne sait pas ce que sera la version finale. Des décrets d'application sont par ailleurs attendus sur plusieurs points.

Cet article présente ce que le texte prévoit, en l'état, pour l'enquête interne, ce qui pourrait changer pour les employeurs, le point que le texte laisse ouvert, et la manière dont inQuiro y répond depuis ses enquêtes et son dispositif de signalement.

En 30 secondes

  • Ce que prévoit le texte. Si un salarié signale des faits d'agression sexuelle, de harcèlement sexuel ou d'agissements sexistes, le texte, en l'état, demanderait à l'employeur d'informer, protéger, enquêter, retranscrire, rapporter et restituer.
  • Le risque. Une pénalité financière pourrait aller jusqu'à 1 % des rémunérations et gains versés l'année civile précédente, et l'inspection du travail pourrait être saisie.
  • Le point ouvert. Le texte définit la procédure ; il ne définit pas qui conduit l'enquête.
  • Le calendrier. Adopté en première lecture par l'Assemblée nationale le 13 octobre 2026, le texte n'a pas encore été examiné par le Sénat, qui peut y apporter des changements majeurs. Des décrets d'application sont attendus. Rien n'est définitif.
  • La réponse. inQuiro réunit enquêteurs formés aux RPS et plateforme de signalement et de traitement, organisés selon la logique du texte en l'état.

Ce que le texte prévoirait pour l'employeur

Lorsqu'un salarié informe son employeur qu'il s'estime victime d'agression sexuelle, de harcèlement sexuel ou d'agissements sexistes dans le cadre professionnel, le texte, en l'état, imposerait à l'employeur de l'informer par écrit et sans délai de ses droits et voies de recours, puis d'assurer neuf obligations. Chacune se rattache à l'une des quatre étapes du parcours inQuiro (signalement, analyse, traitement, enquête), présentées plus bas.

  1. Conserver le signalement pour une durée strictement nécessaire et proportionnée au traitement du signalement et à la protection de la victime présumée. (Signalement)
  2. Déclencher sans délai une enquête interne. (Analyse)
  3. Prendre des mesures conservatoires destinées à protéger la victime présumée et les témoins pendant la durée de l'enquête. (Traitement)
  4. Auditionner la victime présumée, les témoins identifiés au cours de l'enquête et la personne mise en cause. (Enquête)
  5. Retranscrire chaque audition intégralement et par écrit, avec relecture et signature de la personne entendue. (Enquête)
  6. Établir un rapport d'enquête dans un délai raisonnable, faisant état des éléments recueillis, des conclusions et des mesures prises par l'employeur. (Enquête)
  7. Remettre une synthèse du rapport à la victime présumée et à la personne mise en cause, en rendant compte des étapes de l'enquête et de ses conclusions et en garantissant la confidentialité des témoignages ; la victime présumée est en outre informée des mesures prises à l'issue de l'enquête. (Traitement)
  8. Conserver le rapport pour une durée strictement nécessaire et proportionnée au traitement du signalement et à la protection de la victime présumée. (Traitement)
  9. Protéger contre les représailles prévue à l'article L. 1153-2 du Code du travail. (Traitement)

Le même mécanisme serait prévu dans le Code général de la fonction publique, sans l'obligation de retranscription intégrale et de relecture des auditions. Les employeurs publics sont donc aussi concernés, y compris pour leurs enquêtes administratives.

Le champ est délimité : agressions sexuelles, harcèlement sexuel et agissements sexistes. Le texte ne vise pas, à ce stade, les signalements de harcèlement moral.

Ce qui pourrait changer pour les employeurs

L'employeur est déjà tenu de prévenir les risques professionnels, dont le harcèlement : c'est son obligation de sécurité (article L. 4121-1 du Code du travail). Le texte, s'il était confirmé, ajouterait à cette obligation générale une procédure définie, une sanction et un recours.

Ce qui pourrait changer Ce que prévoit la PPL, en l'état
Une procédure écrite Information écrite du salarié, mesures conservatoires, auditions retranscrites et signées, rapport, synthèse remise aux parties (nouvel article L. 4462-5 du Code du travail, d'après le texte adopté en première lecture)
Un délai L'enquête serait déclenchée « sans délai » ; le rapport serait établi « dans un délai raisonnable »
Une restitution aux deux parties La victime présumée et la personne mise en cause recevraient une synthèse ; la confidentialité des témoignages serait garantie
Une sanction Une pénalité financière pourrait être appliquée en cas de manquement, jusqu'à 1 % des rémunérations et gains versés aux salariés au cours de l'année civile précédente ; le montant serait fixé par l'autorité administrative, dans des conditions prévues par décret
Un recours Toute personne ayant effectué un signalement pourrait saisir l'inspection du travail lorsqu'elle estime que l'enquête n'a pas été conduite conformément aux exigences légales ou réglementaires, ou que ses conclusions sont manifestement insuffisantes au regard des éléments recueillis
Un référent dans plus d'entreprises Le seuil de désignation du référent prévu à l'article L. 1153-5-1 passerait de 250 à 50 salariés ; il serait formé aux frais de l'employeur, sur son temps de travail (art. 42)
Une prévention renforcée Intégration de la prévention des agressions sexuelles, du harcèlement sexuel et des agissements sexistes dans la négociation collective (art. 40), le document unique d'évaluation des risques professionnels et une information des salariés (art. 41)

Plusieurs points sont renvoyés à des décrets, notamment les conditions de fixation de la pénalité. Ces décrets d'application ne sont pas publiés. Pour le contexte juridique actuel, voir notre page sur l'enquête en cas de violences sexuelles et sexistes et sur l'enquête interne pour harcèlement.

Vrai ou faux ?

Six affirmations, testées sur le texte tel qu'il est aujourd'hui.

Affirmation Verdict
Le texte est définitivement voté.
Il a été adopté en première lecture par l'Assemblée nationale le 13 octobre 2026. Le Sénat doit encore l'examiner et des décrets d'application sont attendus.
FAUX
Le Sénat peut encore modifier le volet travail.
Le Sénat n'a pas encore examiné le texte : son contenu final n'est pas connu, et il pourrait y apporter des changements majeurs.
VRAI
Le texte vise tous les signalements de harcèlement.
En l'état, il vise les agressions sexuelles, le harcèlement sexuel et les agissements sexistes. Le harcèlement moral n'est pas visé.
FAUX
Le texte prévoit une sanction financière en cas de manquement.
En l'état, une pénalité pourrait aller jusqu'à 1 % des rémunérations et gains versés l'année civile précédente, selon des conditions fixées par décret.
VRAI
La victime présumée recevrait le rapport complet.
Dans le texte adopté, la victime présumée et la personne mise en cause recevraient une synthèse, qui garantit la confidentialité des témoignages.
FAUX
Le texte précise le profil de l'enquêteur.
En l'état, les dispositions relatives à l'enquête ne prévoient ni qualification, ni formation, ni critère d'indépendance ou d'impartialité.
FAUX

Le point laissé ouvert : l'enquête serait encadrée, pas les enquêteurs

En l'état, la PPL définit ce que l'employeur devrait assurer. Elle ne définit pas qui mène l'enquête : les dispositions relatives à l'enquête interne ne prévoient ni qualification, ni formation, ni critère d'indépendance ou d'impartialité pour la personne chargée de l'investigation. Or l'enquête pourrait être contestée devant l'inspection du travail au motif qu'elle n'a pas été conduite conformément aux exigences légales ou que ses conclusions sont manifestement insuffisantes. Le Sénat pourrait modifier ce point comme les autres.

À défaut de critères légaux, des repères existent déjà : la décision-cadre de la Défenseure des droits relative au recueil des signalements et à l'enquête interne (n° 2025-021 du 5 février 2025), et nos articles sur la déontologie de l'enquête interne et sur les profils qui peuvent réaliser une enquête sur le harcèlement.

Trois points de mise en œuvre appelleraient une réponse pratique :

Ce que le texte laisse ouvert La réponse inQuiro
1. Une compétence non définie
Le texte encadre les étapes (mesures conservatoires, auditions, rapport) sans préciser le profil de celui qui les conduit.
Les enquêtes sont menées par des enquêteurs professionnels formés aux risques psychosociaux, selon une méthode documentée, indépendante de l'employeur et des parties.
2. Deux documents aux fonctions différentes
La PPL prévoit à la fois la retranscription intégrale de chaque audition, signée par la personne entendue, et une synthèse remise aux deux parties qui garantit la confidentialité des témoignages.
Le dossier est organisé en pièces distinctes : procès-verbaux d'audition signés, rapport d'enquête remis à l'employeur, et synthèse rédigée pour les parties dans le respect de la confidentialité des témoins.
3. Des délais à prouver
Le texte exige un déclenchement « sans délai » et un rapport dans un « délai raisonnable », sans fixer de durée.
Chaque étape est datée dans le dispositif de traitement, de la réception du signalement à la remise de la synthèse, ce qui permet à l'employeur de justifier le respect de ses obligations.

inQuiro : une pratique qui anticipait le cadre

inQuiro est un cabinet d'enquêtes internes en milieu professionnel. Ses enquêteurs sont des professionnels formés aux risques psychosociaux (RPS), qui conduisent des investigations pour des employeurs publics et privés sur des situations de harcèlement, de violences et de souffrance au travail.

Cette expérience de terrain a conduit inQuiro à structurer, bien avant la PPL, les pratiques que le texte prévoit aujourd'hui :

  • Traiter le signalement sans attendre, avec information du salarié sur la suite donnée ;
  • Recommander des mesures conservatoires pour séparer les personnes concernées pendant l'investigation ;
  • Auditionner chaque personne (victime présumée, témoins, personne mise en cause) et consigner l'audition par écrit, relue par la personne entendue ;
  • Établir un rapport qui retrace les éléments recueillis, les conclusions et les mesures préconisées ;
  • Restituer de manière adaptée aux parties, en préservant la confidentialité des témoins ;
  • Conserver les pièces dans le respect de la protection des données personnelles.

Le texte confierait à l'employeur la responsabilité de ces obligations. L'enquêteur externe indépendant est celui qui permet de les exécuter avec la méthode, la rapidité et l'impartialité qu'un signalement exige, y compris lorsque la personne mise en cause occupe des fonctions de direction ou d'encadrement. Sur l'intérêt de l'externalisation, voir notre article sur l'impartialité et l'externalisation des enquêtes internes.

Un dispositif déjà aligné sur le texte, en l'état

inQuiro met à la disposition des entreprises une plateforme de signalement et de traitement, prolongée par l'intervention d'enquêteurs professionnels. Le parcours suit quatre étapes : signalement, analyse, traitement, enquête. Chaque obligation prévue par le texte en l'état y trouve sa place.

Étape inQuiro Obligation prévue, en l'état Ce que fait le dispositif inQuiro
Signalement Information écrite du salarié sur ses droits et voies de recours Réception du signalement et information du déclarant
Signalement Conservation du signalement, durée strictement nécessaire et proportionnée Conservation sécurisée, avec durée limitée dans le respect de la protection des données personnelles
Analyse Enquête déclenchée sans délai Qualification des faits et décision d'ouverture de l'enquête
Traitement Mesures conservatoires pour protéger la victime présumée et les témoins Recommandation et suivi des mesures
Enquête Audition de la victime présumée, des témoins et de la personne mise en cause Auditions conduites par des enquêteurs professionnels
Enquête Retranscription intégrale de chaque audition, relue et signée Procès-verbal d'audition soumis à la relecture et à la signature
Enquête Rapport d'enquête dans un délai raisonnable Rapport retraçant les éléments recueillis, les conclusions et les mesures préconisées
Traitement Synthèse remise à la victime présumée et à la personne mise en cause, confidentialité des témoignages Synthèse distincte du rapport complet, rédigée pour préserver l'identité des témoins
Traitement Information de la victime sur les mesures prises Suivi et information du déclarant
Traitement Conservation du rapport Archivage sécurisé et durée de conservation maîtrisée
Traitement Protection contre les représailles Suivi de la situation du déclarant et des témoins
Toutes étapes Justifier le respect des obligations devant l'inspection du travail Horodatage et traçabilité du parcours

Au-delà du harcèlement sexuel et des agissements sexistes, le même parcours s'applique aux autres signalements (harcèlement moral, discriminations, alertes), ce qui permet à l'employeur de traiter toutes les situations avec une seule méthode. Voir aussi notre politique de lancement d'alerte.

Conclusion

Si elle était confirmée en l'état, la PPL n° 3106 inscrirait dans la loi ce que les employeurs devraient faire dès qu'un signalement d'agression sexuelle, de harcèlement sexuel ou d'agissements sexistes leur parvient : informer, protéger, enquêter, retranscrire, rapporter, restituer. Elle ne dit pas qui doit conduire l'enquête, alors que celle-ci pourrait être contrôlée par l'inspection du travail.

Mais le texte n'est pas définitif. Le Sénat n'a pas encore statué, il pourrait apporter des changements majeurs, et les décrets d'application restent à venir. inQuiro suit l'évolution du texte et accompagne les employeurs, publics et privés, du signalement à la restitution de l'enquête.

Votre dispositif de signalement est-il prêt pour ce que prévoit la PPL n° 3106 ?

Contactez inQuiro pour vérifier la conformité de votre dispositif de signalement et de traitement : testez-le d'abord avec notre thermomètre de l'alerte, puis demandez un échange gratuit ou appelez-nous au 09 72 120 320 (info@inquiro.fr).

Sources : Assemblée nationale, « Loi intégrale » contre les violences sexuelles et sexistes : adoption des propositions de loi en première lecture ; dossier législatif de la proposition de loi n° 3106. Article rédigé le 15 octobre 2026 à partir du texte adopté en première lecture ; il sera actualisé en fonction de l'examen par le Sénat.

L'équipe inQuiro

Enquêteurs diplômés, agréés, certifiés et formés aux risques psycho-sociaux, nous partageons ici notre expérience de terrain. Découvrir nos experts.

FAQ

Questions fréquentes

La PPL n° 3106 rend-elle l'enquête interne obligatoire ?

En l'état du texte adopté en première lecture par l'Assemblée nationale le 13 octobre 2026, l'employeur devrait déclencher sans délai une enquête interne lorsqu'un salarié l'informe qu'il s'estime victime d'agression sexuelle, de harcèlement sexuel ou d'agissements sexistes dans le cadre professionnel. Le texte n'est cependant pas définitif : le Sénat doit encore l'examiner.

Le texte est-il définitivement voté ?

Non. Il a été adopté en première lecture par l'Assemblée nationale le 13 octobre 2026. Le Sénat n'a pas encore statué et pourrait y apporter des changements majeurs. Des décrets d'application sont par ailleurs attendus, notamment sur les conditions de fixation de la pénalité.

Le harcèlement moral est-il concerné par la PPL n° 3106 ?

Pas à ce stade. Le champ du dispositif est limité aux agressions sexuelles, au harcèlement sexuel et aux agissements sexistes. Les signalements de harcèlement moral ne sont pas visés par ces dispositions, ce qui n'enlève rien à l'obligation de sécurité de l'employeur.

Qui doit mener l'enquête interne selon le texte ?

Le texte ne le dit pas. Les dispositions relatives à l'enquête interne ne prévoient ni qualification, ni formation, ni critère d'indépendance ou d'impartialité pour la personne chargée de l'investigation, alors que l'enquête pourrait être contestée devant l'inspection du travail.

Quelle sanction l'employeur risquerait-il ?

En l'état, une pénalité financière pourrait être appliquée en cas de manquement, jusqu'à 1 % des rémunérations et gains versés aux salariés au cours de l'année civile précédente. Son montant serait fixé par l'autorité administrative, dans des conditions prévues par décret.

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